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Les battages à la ferme : les frères Guigue se souviennent

GeorgesRobertAndrGuigueLes récoltes du blé en gerbes, les meilles dressées à la ferme symbolisaient autrefois la période des battages. A Saint-Denis-lès-Bourg, de mi-juillet à mi-septembre, c’est la famille Guigue qui exerça cette activité pendant quarante ans : une entreprise créée par Léon Guigue, puis transmise à ses fils André, Robert et Georges. Tous les agriculteurs de la commune accordaient la confiance à cette entreprise familiale et locale.

Depuis 1913, Léon Guigue et son oncle Auguste Tripoz allaient à la tâche dans leur entreprise en commun et font l’acquisition d’un vanneur et d’une chaudière traînée par des bœufs.

En 1936, Léon Guigue rachète la part de son oncle et continue l’activité. Ses enfants, André (1923-2015) et Robert (1925-2017) participeront à partir de 1939 à la marche de l’entreprise familiale, rejoints plus tard par Georges, le benjamin.Fete des battages 1968 01

Une loco réquisitionnée


Le matériel prit un bain de jouvence en 1938 avec l’achat d’une locomotive chaudière autotractée à pneus pleins montée sur un châssis de camion. Cette machine de sept cv (les chevaux-vapeur comptent double) fut réquisitionnée en 1945 et ne revint jamais.


Fetebattages03Dure épreuve pour les trois frères. Mais leur imagination les tira d’affaire : Léon Guigue installa un moteur électrique de quatorze cv sur une remorque. L’appareil était alimenté par un branchement au réseau électrique Convert, situé à proximité des fermes. Avant que le compteur de kilowatts soit installé sur le moteur, la consommation était facturée au forfait !
Quelques années plus tard, ils achètent un tracteur, le premier de la commune. Outre les battages, on l’utilisait en hiver comme chasse-neige sur les trente km de chemins communaux.

De l'aube au crépuscule

Fetebattages05Après-guerre, la botteleuse fait son apparition suppléant le monte-charge de paille en vrac. Une journée de battage débutait dès cinq heures du matin et se prolongeait au crépuscule voire en pleine nuit.


" Notre emploi du temps commençait plus tôt, se souvient André, à trois heures et demie : nettoyage, graissage à la lumière d’une lampe de poche, la machine était prête à tourner au lever du jour ".

Parfois le déplacement d’une ferme à l’autre avait lieu le soir, ou à l’aube pour ne pas perdre de temps.

Le matériel prenait possession entre les meilles, un emplacement « le suhel » réservé par le fermier, à l’écart des bâtiments, sécurité oblige, " un mot qui avait son importance, précise Robert, tout fumeur était écarté ". André, Georges et Robert veillaient à la bonne marche des mécanismes, et à tour de rôle, « engrenaient » les gerbes dans la batteuse.

Des emplois recherchés

Fetebattages04La main-d’œuvre était composée d’une quinzaine de personnes : commis de ferme et leurs patrons. Plusieurs faisaient la tournée des fermes. On se rendait les journées. Chacun avait un rôle bien déterminé, souvent défini pour la saison : porteur de gerbes, bottes de paille, sacs de blé d’un quintal.

Il fallait avoir une bonne constitution physique. Pourtant les places aux battages étaient prisées. Et pour cause, les rudes et longues journées avaient un coté bon vivant.

Après l’effort, un repas campagnard réconfortait tous les travailleurs : volailles, lapins, produits fermiers, pot au feu… Mais dans les années 1960-1965, l’arrivée de la moissonneuse-batteuse a fait ranger les anciennes machines sous les hangars.

NB : La meille est le monticule rond constitué de gerbes qui peut atteindre environ un diamètre de 8-10 m et une hauteur de 5-7 m. La meille est constituée à la ferme sur le lieu où la batteuse (ou vanneur) va travailler.

Article de Jean-Paul Thouny